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Illustration - A landlady takes a key out of a lock, to hand it to a traveller in Berlin, Germany, 7 November 2014. PHOTO: JENS KALAENE/dpa

Comment un couple a failli se faire piéger deux fois sur Airbnb

En quête d’une location pour l’été, un couple de Parisiens a successivement été confronté à des procédés frauduleux: un « phishing » et la publication de fausses annonces. Voici leur histoire.

La villa à Ibiza était magnifique: architecture moderne et piscine en faïence bleue. Coup de chance, elle était encore libre lors de la première quinzaine d’août à un tarif plutôt raisonnable. Malheureusement, l’offre était bidon. Et son propriétaire n’existait pas. En tout cas, il n’avait aucun lien avec la magnifique maison de vacances proposée par Airbnb qu’a voulu ce couple de Parisiens l’été dernier. Et le géant de la location entre particuliers, qui publie 1,5 million d’annonces sur son site, n’avait, lui non plus, rien vu venir. La fraude est sophistiquée et, dans ce cas, les recours impossibles via Airbnb, la manoeuvre ayant été opérée en dehors de la structure du site.

Voilà le stratagème. Pour attirer ses futures victimes, l’escroc publie une offre de location généralement un peu moins chère que le marché. « Quand nous avons pris contact avec lui par mail, raconte Catherine, qui a failli tomber dans le panneau, il nous a donné son numéro de téléphone et proposé, assez spontanément, de nous faire une remise de 25%. » Pourtant, un détail l’intrigue: la résidence à louer n’a pas d’adresse précise mais seulement Carrer València, Sant Josp de sa Talaia aux Baléares. En cherchant sur Google Earth, aucune villa moderne avec piscine, telle que sur la photo de l’annonce, n’apparaît. Pour être sûrs qu’il ne s’agit pas d’un piège, Jean-Marc, le mari de Catherine, demande alors que l’annonce soit remise à jour avec le nouveau tarif afin d’effectuer la transaction via Airbnb. Le pseudo propriétaire leur envoie alors un lien vers la nouvelle offre sur le site de location entre particuliers.

Mais, alors qu’ils s’apprêtent à régler la location, nos Parisiens ont l’idée d’échanger avec le loueur via LinkedIn, dont il est membre. « L’adresse URL d’Airbnb de l’annonce au nouveau tarif nous avait paru bizarre, je lui ai donc envoyé un message sur LinkedIn, explique Catherine. C’était un Américain qui travaillait pour le gouvernement fédéral. Quand je lui ai écrit pour lui confirmer notre intérêt pour sa villa à Ibiza, il nous a immédiatement répondu qu’il ne possédait pas de propriété sur cette île. » Son identité avait été usurpée. Et l’arnaque évitée de peu. Si Catherine et Jean-Marc avaient payé, Airbnb n’aurait eu aucune trace de la transaction puisqu’il s’agissait d’un site miroir, selon la technique bien connue du phishing. La page web sur laquelle l’internaute est appelé à payer la transaction ressemble à s’y méprendre à celle du site original.

Le gage « Superhost »

L’affaire ne s’arrête pas là. A défaut de partir à Ibiza, nos Parisiens décident alors de chercher le même produit sur la Côte d’Azur. Une location haut de gamme à 3.500 euros par semaine avec piscine et plage à proximité. « J’ai alors constaté que plusieurs maisons étaient proposées à la location par des propriétaires identiques, d’origine italienne. » Autre indice qui suscite leur suspicion, ces propriétaires sont membres d’Airbnb depuis quelques semaines seulement. Ils n’ont quasiment pas de commentaires de particuliers ayant loué leurs magnifiques villas. Pour en avoir le cœur net, le couple décide alors d’interroger Airbnb. La réponse n’a pas tardé. Quelques jours plus tard, leur site leur répondait qu’il s’agissait bien d’une arnaque. Et de supprimer les annonces.

Depuis cet automne, pour décourager les fraudeurs, le site a créé un badge de « Superhost » pour les membres qui ont loué au moins dix fois leur propriété en un an et ont reçu cinq étoiles pour au moins 80 % de leurs commentaires. Pas question pourtant, de prendre le moindre risque à sa charge. Sur la page de présentation de ce label, Airbnb décline toute responsabilité et toute garantie, y compris de qualité marchande, de jouissance paisible ou d’absence de contrefaçon. Et d’expliquer: « le badge de superhost ou le statut de superhost ne constituent en aucun façon une certification par Airbnb de tout client ou annonce. » Raison de plus de vérifier à deux fois avant de louer.

 

Cet article provient du média : challenges.fr

À propos de Pierre Drapeau

Pierre Drapeau est le Président de la Fondation Chefs d'entreprises.