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Des dizaines de pays se sont déjà retrouvés en faillite

Le gouvernement grec vient de déclarer qu’il ne remboursera pas le FMI dans les délais impartis. La Grèce se place donc en défaut de paiement, un phénomène qui n’est pas si rare pour un État.

Une faillite intervient lorsqu’un agent économique n’est plus en mesure de faire face à ses engagements. Dans le cas d’un État, qui ne peut techniquement pas arrêter de fonctionner, on parle de faire défaut sur sa dette souveraine.

Et le phénomène n’est pas si rare! La liste des pays ayant fait défaut dans leur histoire est longue. La France par exemple l’a fait 8 fois, la dernière en 1812, lorsque les conquêtes napoléoniennes avaient laissé le pays économiquement à bout de souffle et incapable de remplir ses engagements auprès de ses créanciers. Dans son livre Cette fois c’est différent. Huit siècles de folie financière, Kenneth Rogoff, ancien chef économiste du FMI et professeur à Harvard dénombre entre 1975 et 2006 pas moins de 71 pays ayant fait défaut sur leurs dettes souveraines. La Russie en 1998, l’Ukraine en 2000, la Croatie en 1996, ou encore le Venezuela en 2004, tous se sont révélé incapables de rembourser leurs échéances. Pour sa part la Grèce est coutumière du phénomène puisque depuis sa création en 1829, l’État grec n’a, en moyenne, pas honoré ses engagements financiers une année sur deux.

Un phénomène qui n’est pas rare: 71 États en défauts de paiement entre 1975 et 2006

Plusieurs événements peuvent conduire à ce qu’un pays fasse défaut. «La première cause est l’apparition d’une situation non prévue comme une guerre, ou une crise financière qui impacte subitement l’État souverain et l’empêche de rembourser sa dette comme prévue», détaille Sébastien Villemot, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Le cas le plus célèbre reste la Russie en 1917, qui suite à la révolution bolchevique, refuse de rembourser les dettes du régime tsariste et cause par la même occasion la perte des économies de nombreux ménages français qui avaient investi dans les emprunts russes. «Un pays peut également prendre la décision de faire défaut de manière froide, comme l’Equateur en 2000» poursuit Sébastien Villemot. À l’époque, le pays d’Amérique du Sud déclare qu’il fait défaut sur plusieurs titres obligataires internationaux, et propose rapidement et de façon unilatérale une restructuration et un rééchelonnement de sa dette.

Lorsqu’un pays se déclare en défaut de paiement, ses créanciers se réunissent afin de négocier et tenter de récupérer une partie de leurs capitaux. Deux solutions se présentent alors. Les créanciers peuvent choisir de restructurer la dette du pays ou tout bonnement de l’effacer.

Dans tous les cas faire défaut n’est pas sans conséquences. Les États se déclarant en défaut de paiement risquent de se mettre sous le coup de sanctions internationales ou de ne plus pouvoir emprunter sur les marchés financiers par la suite. L’Argentine qui a fait défaut sur sa dette en 2001 reste encore à ce jour exclue des marchés financiers.
La Grèce, un cas à part dans l’histoire des pays en défaut souverain

La Grèce se différencie de ses prédécesseurs compte tenu de la nature de ses créanciers. «En 2012, la dette grecque a été restructurée justement pour sauver les banques françaises et allemandes figurant parmi les créanciers de la dette et afin d’éviter une panique bancaire généralisée», précise Guillaume Daudin, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine et chercheur associé à l’OFCE. Cette restructuration de 2012 a donc essentiellement consisté à faire sortir la plupart des détenteurs privés de dette grecque pour les remplacer par des institutions publiques. «Actuellement, les créanciers de la Grèce sont soit des États, soit des institutions internationales comme le Fonds monétaire international ou la Banque centrale européenne», résume l’économiste.

«C’est une chance car il est plus facile de négocier avec le FMI qu’avec des créanciers du secteur privé comme c’était le cas pour l’Argentine», complète Guillaume Daudin. Pourtant, ne pas rembourser le FMI est une décision que peu d’État se risquent à prendre,«C’est très rare qu’un pays fasse défaut vis à vis du FMI, qui est l’institution que les États remboursent en premier normalement», poursuit Sébastien Villemot. En faisant défaut vis à vis du FMI, la Grèce risque de ne plus se voir prêter de fonds par l’institution voire même d’en être exclue. Les seuls pays à ne pas avoir remboursé le FMI sont le Soudan et la Somalie. Pourtant, ce choix pourrait être stratégique de la part de la Grèce, explique Sébastien Villemot: «en règle générale les pays font défaut envers des créanciers privés, cela n’arrivera a priori pas à la Grèce qui veut garder un accès aux marchés financiers pour pouvoir de nouveau emprunter dans quelques années.»

 

Cet article provient du média lefigaro.fr

À propos de Pierre Drapeau

Pierre Drapeau est le Président de la Fondation Chefs d'entreprises.