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D’où viennent les 85 milliards d’euros proposés à la Grèce?

Un troisième renflouement de la Grèce, de l’ordre de 85 milliards d’euros, a été proposé par les 19 de la zone euro. En contrepartie de cette aide, le Parlement grec a validé, dans la nuit de mercredi à jeudi, les douloureuses mesures d’austérité imposées par les créanciers.

Dans la nuit de dimanche à lundi, le sommet des dix-neuf pays de la zone euro a évité le «Grexit». La déclaration finale du huis-clos à Bruxelles mentionne un «besoin de financement» de la Grèce 82 à 86 milliard sur trois ans. C’est le premier devis d’un plan de sauvetage qui reste à écrire, et non pas de l’addition finale. Il est aujourd’hui question d’une facture de 100 milliards au bas mot, dans les discussions de travail de responsables européens. Le troisième plan de sauvetage se rapproche ainsi du premier plan grec (110 milliards en mai 2010) et du deuxième (130 milliards en février 2012).

• Qui va financer ces 82 à 100 milliards d’euros?

Le mécanisme européen de stabilité (MES) se propose de prêter la somme à la Grèce. Le MES, sorte de fonds monétaire international (FMI) de la zone euro, entré en vigueur en 2012, est créé pour voler au secours d’un état membre de la zone euro menacé de faillite. En d’autres termes, il apporte un soutien à la stabilité à ceux de ses membres qui ne peuvent plus accéder normalement au financement par le marché. Le MES remplace et fusionne le fonds européen de stabilité financière (FESF), créé pour donner des garanties aux emprunts d’état de la zone euro, et le mécanisme européen de stabilité financière (MESF), qui permettait d’allouer une aide importante d’urgence. Ces dispositifs rassurent l’eurozone et permettent une détente des taux.

• Comment ça fonctionne?

En capital global, le MES dispose de 700 milliards d’euros engagés par les pays membres. Chacun contribue en fonction de sa population et de son PIB. Sur les 700 milliards, seuls 80, les capitaux propres, sont versés par les pays membres. Si les capitaux propres sont épuisés, les états membres doivent abonder le fonds: les 620 milliards d’euros restants. C’est le capital «appelable». Ainsi, le MES peut-il lever des fonds sur les marchés à des taux raisonnables.

Le fonctionnement du MES repose sur un conseil des gouverneurs composé des ministres des Finances des états membres et présidé par le chef de l’Eurogroupe, soit le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem. Le directeur général est l’Allemand Klaus Regling. Les décisions étant prises à une majorité de 85%, seules l’Allemagne, la France et l’Italie ont un droit de véto. Cela impose un filtre supplémentaire à toute requête grecque.

Chaque intervention du MES est soumise à des conditions. Dans le cas de la Grèce, pour que l’Eurogroupe approuve un nouveau programme du MES, la Grèce est tenue de faire aussi appel au FMI. Le texte est explicite: «La gouvernement doit consulter les institutions et convenir avec elles de tout projet législatif (…) avant de le soumettre à la consultation publique ou au Parlement». Les détracteurs du MES disent que ces obligations vont à l’encontre des souverainetés nationales et risquent de pérenniser l’austérité.

• Quel délai pour que le MES entre en action?

La procédure implique trois à quatre semaines de délais entre la demande d’aide et l’arrivée des fonds. Au minimum. L’Etat dans le besoin formule une demande d’assistance auprès du président de l’Eurogroupe. La BCE et la Commission européenne évaluent le risque financier pour la zone euro, avec l’aide du FMI. La Commission, la BCE et le FMI négocient un «mémorandum» détaillant les conditions macroéconomiques et financières du prêt. Le MES fait une proposition sur le montant et les conditions de l’aide financière à l’Eurogroupe. La Commission, la BCE et le FMI surveillent l’application du programme. En Allemagne, le Bundestag doit donner son aval au programme.

• À quoi va servir cette somme?

L’objectif de cette aide est de mettre le pays, actuellement privé d’accès au marché de capitaux, à l’abri. Il s’agit tout d’abord de couvrir le service de la dette. En clair, les Européens vont prêter de l’argent à Athènes pour rembourser les échéances dues au FMI et à la BCE. Les besoins en liquidités les plus urgentes s’élèvent à 7 milliards d’euros d’ici au 20 juillet et 5 milliards d’ici à la mi-août. Si les Parlements grecs et allemands donnent le feu vert, les détails de l’affectation des 85 milliards d’euros seront précisés.

 

Cet article provient du média lefigaro.fr

À propos de Pierre Drapeau

Pierre Drapeau est le Président de la Fondation Chefs d'entreprises.