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Élection de Donald Trump : nous sommes maintenant tous dans la même équipe

L’élection présidentielle américaine de 2016 a eu lieu le 8 novembre 2016 et a conduit à une victoire du républicain Donald Trump comme quarante-cinquième président des États-Unis. Il l’emporte sur la candidate démocrate, Hillary Clinton, dans le collège électoral (306 grands électeurs contre 232).

Le premier constat est important. Le système électoral américain avec ses grands électeurs a permis à Trump de se faufiler mais on ne pourra jamais affirmer qu’il avait la faveur populaire lors des élections de 2016. Près de 1,5 millions de voix supplémentaires ont été obtenues par la candidate Clinton. Malgré cette situation, les démocrates ont échoué à prendre le contrôle du Congrès, ne regagnant que 6 à 10 sièges de représentants et 2 à 3 sièges de sénateurs (sur les 34 en jeu, dont 24 détenus par les républicains), même s’ils ont obtenu aussi plus de voix.

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En matière de politique étrangère, Obama n’aura pas fait une grande différence depuis le départ de Bush. Selon l’opinion de la majorité des observateurs politiques internationaux ; les américains et leurs alliés pratique une politique qui vise notamment à s’accaparer des ressources naturelles de dizaines de pays au nom ou en échange d’une démocratie « organisée » et d’une certaine stabilité politique. Il faut constater sur une carte les dizaines de bases militaires américaines déployées depuis la seconde guerre. La disposition de ces bases correspond asymétriquement avec les pays aux prises avec des problèmes de démocratie mais qui curieusement disposent d’abondantes ressources pétrolières. Avec la montée en force de la résistance chez les opposants à ces politiques, rien n’indique que les tensions vont diminuer d’ici les prochaines années. Est-ce que l’arrivée dans la joute politique internationale d’un tempérament comme celui de Trump amènera une meilleure dynamique ? Impossible d’affirmer quoi que ce soit pour le moment. Les forces en présence sont telles que le nouveau Président doit certainement se réjouir de pouvoir contrôler le Sénat et la Chambre des représentants. Il pourra laisser libre cour à son instinct bagarreur. Reste à voir si les alliés des Etats-Unis le suivront.

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Concernant le possible démantèlement d’Obamacare, je lisais récemment que même dans le camp républicain, certains s’inquiètent de possibles conséquences néfastes.

«Bien évidemment, nous ne voulons causer aucun dommage à ceux qui sont déjà dans le système», a assuré la semaine dernière le sénateur républicain Roger Wicker, dans un entretien à Bloomberg TV.

Malgré les controverses, la réforme phare de l’administration Obama a de fait produit des résultats: 20 millions de personnes supplémentaires ont bénéficié d’une couverture santé, faisant tomber le taux des Américains non-assurés à un plus bas historique de 10%. Et selon une étude de la Commonwealth Foundation, plus de 80% des assurés via l’Obamacare sont satisfaits de leur situation.

L’accès à des soins de santé n’est elle pas une valeur fondamentale que devrait défendre tout candidat à la Présidence. Au lieu d’abolir cette réforme, le candidat Trump ne pouvait-il pas parler d’ajustements. Est-ce que la participation de l’État dans ce programme est juste ? J’en doute. Est-ce que les citoyens américains payent déjà trop d’impôts ? Je n’en doute pas. Les citoyens de tous les pays ont toutefois la même attitude par rapport à l’impôt. Les riches payent pour les autres. Les détracteurs de cette réforme sont très majoritairement composés de cette frange de la population. Il est très probable que ce programme ne soit pas parfait mais ses objectifs sont nobles et le fait qu’il permet d’aider un aussi grand nombre de personnes démunies justifie à lui seul sa pertinence. Je n’ose pas imaginer ce que serait devenu le Québec sans avoir investi dans l’universalité d’accès à des soins de qualité. Nous savons que ce système est perfectible. Les américains, en majorité, le savent aussi. Mon avis est que Trump va devoir se contenter d’améliorer Obamacare et si ça lui chante, il lui donnera une autre « marque de commerce » en tout respect de ses principes fondateurs.

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Sur l’immigration, les déclarations incendiaires seront certainement le Talon d’Achille de Trump. Une fois que les américains auront tous compris que le mur avec le Mexique existe déjà, que fera la nouvelle administration avec ses promesses. Une déportation massive ? Emprisonner les criminels ? À cet égard, les déclarations fascistes de Trump ne feront pas long feu. Il investira beaucoup dans un meilleur contrôle de l’immigration et déportera quelques dizaines de criminels pour en faire des exemples et lancer un message. Mais déporter ou emprisonner 3 millions d’individus est de la science-fiction.

 

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Enfin, en ce qui concerne l’héritage économique d’Obama il faut se rappeler qu’à son arrivée il y a huit ans la situation économique des États Unis était un foutoir total. Une récession économique d’une gravité qui a encore des répercussions aujourd’hui dans plusieurs secteurs économiques. Quand un gouvernement fait des prêts directement à des entreprises automobiles pour les sauver de la faillite, il faut un certain courage avouons-le. Tous les américains (ou presque) étaient d’accord avec ce genre de stratégie d’urgence qui a permis de sauver l’économie américaine alors en chute libre à ce moment.

« Pour l’exercice 2008-2009, l’administration de Barack Obama hérite d’un déficit de 1 200 milliards de dollars, soit 8,3 % du produit intérieur brut. Ce chiffre ne tient pas compte du plan Paulson de relance de l’économie de 787 milliards de dollars promulgué en janvier 2009. La proposition de budget 2010 établissait un déficit record de 1 560 milliards de dollars pour 2010 et 1 300 milliards pour 2011 (forçant l’État à emprunter 33 cents pour chaque dollar dépensé), afin de lutter contre le chômage (à 10 % début 2010) et soutenir les classes moyennes (en) en baissant les impôts, mesure compensée par la hausse des prélèvements pour les multinationales et la suppression des niches fiscales pour les hauts revenus. »

Les promesses électoralistes de Trump visant à ramener les emplois dans des secteurs comme celui du charbon et de l’automobile sont à mon avis totalement irresponsables. Seulement dans le domaine de l’automobile les emplois transférés au Mexique depuis 20 ans sont rémunérés en moyenne à 9 $ dollars de l’heure comparativement à 50 $ pour les emplois équivalents aux États-Unis. En clair ça signifie que si la production des voitures américaines était réalisée aux États-Unis, les Américains n’auraient tout simplement pas la capacité d’acheter des véhicules « Made in USA ». Ils devraient alors se tourner massivement vers les voitures importées les moins coûteuses ce qui serait tout aussi catastrophique pour l’économie.

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Ford injectera la somme de 1,6 milliard de dollars US dans une nouvelle usine située dans l’État de San Luis Potosi, au Mexique, pour pouvoir produire plus de voitures compactes. D’ici 2020, cet investissement permettra de créer environ 2800 emplois directs additionnels. La construction de cette nouvelle usine débutera au cours de l’été et Ford prévoit que les premiers véhicules y seront produits en 2018. Pour le moment, le constructeur n’a pas dévoilé quelles seraient les voitures compactes à être assemblées à cette nouvelle usine. 

Concernant le charbon, nous avons entendu le candidat Trump annoncer la réouverture des mines et vu des mineurs chanter et louanger son nom ! Des états dont l’électorat est devenu très majoritaires à Trump. Non mais faut vraiment être con pour penser que cette promesse se concrétisera et croire que la réouverture des mines de charbon est une solution économique et environnementale fiable pour l’Amérique du Nord. Comprenons ces américains de vouloir gagner leur vie mais ils devront se recycler car ils sont dans un domaine qui n’a plus d’avenir. Au mieux Trump aura une idée de génie pour aider ces milliers de travailleurs à comprendre leur réalité et les relocaliser dans des emplois d’avenir. Des emplois comme par exemple ceux dont on faisait la promotion dans la défunte « Trump University ». L’exploitation du charbon n’était d’ailleurs pas au plan de cours de cette université, croyez-moi. Sur ce genre de stratégie de reconversion économique, je concède à Monsieur Trump la capacité à faire ce qu’il faut pour relancer ces états en difficulté et faire mieux que l’administration Obama. Au Canada il y a quelques années encore des milliers de pêcheurs et de travailleurs forestiers ont finis par comprendre et ils ce sont recyclés. Non sans douleur. Mais on peut dire que cette transition économique, bien que toujours en cours, fonctionne et que sur une ou deux décennies ce sera chose faite. Dans ces deux domaines l’avenir est dans une meilleure gestion et une plus grande transformation des ressources et non seulement dans le prélèvement. Pour ce faire, certains de nos meilleurs entrepreneurs se sont dotés des compétences nécessaires et on fait ce virage.

 

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Trump devra accorder une attention particulière à la conclusion du TPP. Impossible de jeter à la poubelle le travail actuellement en cours après autant d’années de travail. Les économies émergentes sont maintenant des forces beaucoup plus puissantes que l’économie nord-américaines. Il ne faut pas donner la chance à la Chine et la Russie de se renforcer à nos dépends. Même l’extrême droite américaine a bien compris cette prémisse

Beaucoup d’américains sont inquiets actuellement et d’autres sont excités par l’arrivée au pouvoir de Monsieur Trump. C’est un sujet retenant l’attention partout dans le monde. Nous aurons bientôt la chance de comparer le bilan de Trump à celui d’Obama et ses prédécesseurs. Espérons que ses décisions seront prises dans l’intérêt général et que les perceptions négatives à son égard feront place aux qualités requises pour occuper une telle fonction.

« Je me réjouis à l’idée de faire tout ce que je peux pour que le prochain Président réussisse. Je l’ai déjà dit, je pense à ce travail comme un coureur à relais. Vous prenez le bâton, vous exécutez votre meilleure course et, espérons-le, au moment où vous le transférer, vous êtes un peu plus loin. Vous avez fait un petit progrès. Et je peux dire que nous avons fait cela, et je veux m’assurer que le transfert soit bien exécuté, car finalement, nous sommes tous dans la même équipe. » Barack Obama, 9 novembre 2016

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À propos de Pierre Drapeau

Pierre Drapeau est le Président de la Fondation Chefs d’entreprises.