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Emploi : les Européens travaillent plus que les Américains !

Le taux de chômage américain diminue, tombant à 5,3% en juin. Mais, paradoxalement, la proportion d’adultes en activité continue de baisser, elle aussi, en dépit de plus de quatre ans de croissance de l’économie. En Europe, elle s’inscrit au contraire en hausse constante, y compris pendant les années de quasi récession (2012-2014).

L’Europe est frappée par le sous-emploi (taux de chômage 11,1% au sein de la zone euro), alors que l’économie américaine, avec à peine plus de de 5%, de chômeurs, et une croissance continue de l’emploi est, au contraire, quasiment au plein emploi. Voilà ce que la conclusion évidente à laquelle conduisent les statistiques les plus commentées, jour après jour.
Economistes et banquiers centraux qui cherchent à comprendre l’impact du marché du travail sur l’évolution globale des économies, notamment sur l’inflation, ne croient plus du tout à cette représentation largement diffusée, mais trop simple pour être vraie.
La réalité est contre intuitive, à rebours de cette image d’Epinal : les européens -et même les Français- travaillent plus que les Américains ! Les statistiques américaines publiées ce jeudi le montrent : aux Etats-Unis, le taux d’activité -ou taux de participation pour reprendre l’expression anglo-saxonne- ne cesse de baisser. En juin, il est tombé à 62,6%.

De moins en moins d’Américains actifs

Que veut dire ce chiffre ? Que sur 100 adultes âgés de 20 à 65 ans vivant aux Etats-Unis, moins de 63% sont présents sur le marché du travail, c’est-à-dire en emploi ou inscrits au chômage, contre 67% au début des années 2000.

Au sein de la zone euro, ce chiffre atteint 77% ! Certes, le chômage y est bien plus élevé. Mais à considérer les seuls personnes en emploi, l’écart est tout aussi favorable au vieux continent. 59,3% des américains sont en emploi, contre 68,5% des adultes résidant en zone euro (source Eurostat). En France, ce taux est même supérieur, atteignant 69,7%. En Allemagne, ce sont même 77,9% des adultes ont un emploi. Une situation qui peut paraître paradoxale, s’agissant de la moyenne européenne: alors que l’Europe a vécu trois ans récession, aux Etats-Unis, la croissance a été continue depuis 2010. Cette croissance américaine a permis une baisse du chômage. Mais elle n’a pas suffi à faire revenir sur le marché du travail les adultes qui s’en étaient éloignés. D’où ce taux d’activité -ou de participation- en baisse constante depuis le début des années 2000 (cf graphique ci-dessous)

Les salariés américains découragés

Comment expliquer ces résultats contraires au discours commun ? C’est tout simplement que le chômage n’est pas forcément le meilleur indicateur de l’état du marché du travail. Aux Etats-Unis, cette contradiction entre un faible taux de chômage et un taux d’emploi réduit s’explique aisément : nombre de personnes se disent elles mêmes découragées, ne bénéficiant d’aucune allocation, et n’ayant pas de perspective d’embauche, elles ne s’inscrivent pas au chômage. Elles ne sont donc pas considérées comme étant au chômage. Elles ne sont donc plus en activité, ne « participent » plus au marché du travail.

Les créations d’emplois, encore importantes -+223.000 en juin- n’ont donc pas empêché un nouveau recul du taux d’activité des adultes américains. Ces emplois nouveaux ont profité uniquement à des adultes effectivement recensés comme chômeurs.

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La Fed le prend en compte

C’est cette situation qui explique largement pourquoi la Fed, la Banque centrale américaine, maintient ses taux d’intérêt à zero, alors même que le taux de chômage, à 5,3%, est proche de ses niveaux les plus bas. Les économistes savent que le taux de chômage qui permet d’éviter une accélération de l’inflation -Non accelerating rate of unemployment, le fameux NAIRU- est beaucoup plus faible aujourd’hui qu’auparavant. Avant, un taux de chômage de 5% était considéré comme un signe de surchauffe de l’économie. La Fed s’empressait de remonter les taux. Aujourd’hui, Janet Yellen sait qu’il existe cette « armée de réserve » d’ex salariés sortis du marché du travail, mais qui pourraient y revenir si la croissance se maintient.

Selon le directeur des études économiques de Natixis, Patrick Artus, le NAIRU serait aujourd’hui plus proche de 3% aux Etats-Uni.

 

Cet article provient du média latribune.fr

À propos de Pierre Drapeau

Pierre Drapeau est le Président de la Fondation Chefs d'entreprises.