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La séparation des fonctions de président du conseil et de président de l’entreprise (CEO) est-elle généralement bénéfique ?

Les autorités réglementaires, les firmes spécialisées en votation et les experts en gouvernance suggèrent que les rôles et les fonctions de président du conseil d’administration soient distincts des attributions des PDG (CEO).

En fait, on suppose que la séparation des fonctions, entre la présidence du conseil et la présidence de l’entreprise (CEO), est généralement bénéfique, c’est-à-dire que des pouvoirs distincts permettent d’éviter les conflits d’intérêts, tout en rassurant les actionnaires.

C’est ce que les professeurs de finance Harley Ryan*, Narayanan Jayaraman et Vikram Nanda ont tenté de valider empiriquement dans leur récente étude sur le sujet. L’article a paru aujourd’hui dans le forum du Harvard Law School on Corporate Governance. Comme on le sait, la plupart des études antérieures ne sont pas concluantes à cet égard.

Les auteurs ont proposé un modèle d’apprentissage de la dualité des deux fonctions en identifiant une stratégie basée sur la préparation de la relève : “passing the baton” (PTB). Dans ce modèle, les administrateurs s’allouent une période de probation afin de bien connaître les habiletés de leurs nouveaux CEO.

Si les membres du CA sont rassurés sur les talents du CEO et s’ils sont satisfaits de ses performances, ils lui attribuent également le poste de « chairman ». Le pouvoir accru du CEO améliore la rétention des meilleurs éléments.

Les résultats de la recherche montrent que les CEO qui ont obtenu le titre de « chairman » dans ces conditions (PTB) tendent à mieux réussir qu’avant la nomination à ce poste. De plus, les actionnaires sont plutôt réceptifs à ce mode de nomination, surtout si la promotion est faite dans un court délai, car cela leur indique que le CEO constitue une valeur sûre pour l’organisation.

Les auteurs insistent sur l’importance de considérer les mécanismes d’apprentissage en place (PTB) ainsi que les objectifs de rétention des meilleurs CEO dans l’évaluation des structures de gouvernance.

Ainsi, les actionnaires ne sont pas toujours nécessairement mieux servis par la séparation des deux rôles. Notons cependant qu’en général, les sociétés cotées ont de plus en plus tendance à séparer les deux fonctions.

Le billet paru sur mon blogue le 17 novembre 2015 fait état de la situation à ce jour :

Les études contemporaines démontrent une nette tendance en faveur de la séparation des deux rôles. Le Canadian Spencer Stuart Board Index estime qu’une majorité de 85 % des 100 plus grandes entreprises canadiennes cotées en bourse ont opté pour la dissociation entre les deux fonctions. Dans le même sens, le rapport Clarkson affiche que 84 % des entreprises inscrites à la bourse de Toronto ont procédé à ladite séparation. Subsistent cependant encore de nos jours des entreprises canadiennes qui  permettent le cumul. L’entreprise Air Transat A.T. Inc en est la parfaite illustration : M. Jean-Marc Eustache est à la fois président du conseil et chef de la direction. A contrario, le fond de solidarité de la Fédération des travailleurs du Québec vient récemment de procéder à la séparation des deux fonctions.

Aux États-Unis en 2013, 45 % des entreprises de l’indice S&P500 (au total 221 entreprises) dissocient les rôles de PDG et de président du conseil. Toutefois, les choses ne sont pas aussi simples qu’elles y paraissent : 27 % des entreprises de cet indice ont recombiné ces deux rôles. Évoquons à ce titre le cas de Target Corp dont les actionnaires ont refusé la dissociation des deux fonctions .

Est-ce dans l’air du temps ? Est-ce le résultat d’études sérieuses sur les principes de bonne gouvernance ?

Comme on dit souvent en management : Ça dépend des cas !

Qu’en pensez-vous ?

Bonne lecture !

La séparation des fonctions de président du conseil et de président de l’entreprise (CEO) est-elle généralement bénéfique ?

À propos de Jacques Grisé

Jacques Grisé est professeur titulaire retraité (associé) au département de management de la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval. Il est détenteur d’un Ph.D.de la Ivey Business School (University of Western Ontario), d’une Licence spécialisée en administration des entreprises (Université de Louvain en Belgique) et d’un B.Sc.Comm. (HEC, Montréal). En 1993, il a effectué des études post-doctorales à l’University of South Carolina, Columbia, S.C. dans le cadre du Faculty Development in International Business Program. Il était, jusqu’à tout récemment, directeur des programmes de formation en gouvernance du Collège des administrateurs de sociétés (CAS). Jacques est maintenant collaborateur spécial au CAS, consultant en gouvernance de sociétés et président de l’Ordre des administrateurs agréés du Québec (OAAQ).