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Le FMI accepte un yuan faible, un camouflet pour les Etats-Unis

Selon le Wall Street Journal, le FMI considérera, dans ses prochains rapports, que la devise chinoise évolue à sa « juste valeur ». Une décision symbolique à visée pragmatique pour le FMI en faveur de la Chine, alors que Washington continue de fustiger un yuan trop élevé, jugé nuisible pour l’économie américaine.

C’est une petite révolution. Après une décennie à juger dans ses rapports la monnaie chinoise « sous évaluée », le Fonds monétaire international (FMI) s’apprête à revoir sa position sur le yuan (ou renminbi), rapporte dimanche 3 mai le Wall Street Journal (WSJ).

Ainsi, selon le quotidien, qui ne cite pas de source, l’institution devrait mentionner dans ses prochains rapports sur la Chine que la devise chinoise évolue à sa « juste valeur ». L’année dernière encore, le FMI la jugeait modérément sous-évaluée, de 5 à 10%.

Un yuan toujours trop bas pour les Etats-Unis

Si Washington a souligné récemment les progrès réalisés avec une appréciation de 30% depuis 2010 de la monnaie chinoise, les Etats-Unis continuent à estimer que la monnaie chinoise est largement sous-évaluée et qu’un yuan faible favorise outrageusement les exportations chinoises.

Comme l’explique le Wall Street Journal, « les trois dernières administrations présidentielles ont insisté sur le fait que l’expansion économique chinoise se fait au détriment de la croissance et de l’emploi américain. »

Cette prise de position a avant tout une valeur symbolique puisque le FMI ne peut imposer ses desiderata. Mais, comme « une bonne partie des récriminations américaines contre la Chine étaient basées sur sa distorsion de la concurrence, la décision du FMI va mettre une pression sur les Etats-Unis pour les pousser à une acceptation globale. Et ce, même si Barack Obama ne devrait pas revenir sur son discours martelant que la dévaluation du yuan est exagérée. Cela va également bloquer certains recours contre la sous-évaluation du yuan », juge Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’Iris, spécialiste de la Chine et en géopolitique.

Un nouveau camouflet pour les Etats-Unis

C’est un nouveau camouflet pour les Etats-Unis. Déjà, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, avait salué fin mars à Pékin la création de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB) lancée à l’initiative de la Chine. Les Etats-Unis voient d’un mauvais œil l’ombre que l’AIIB pourrait faire à la Banque mondiale, traditionnellement dirigée par un Américain et à la Banque asiatique de développement (BAD), qui a toujours un Japonais à sa tête.

Par ailleurs, il y a quelques mois, les Etats-Unis avaient subi un autre revers face à la Chine. L’Organisation mondiale du commerce avait jugé que les mesures antidumping des Etats-Unis sur de nombreux produits chinois, dont l’acier, les pneus et les panneaux solaires, étaient incompatibles avec ses règles..

Un choix « pragmatique » pour le FMI

La décision du FMI pourrait bien être motivée par le soutien à une économie chinoise de moins en moins fringante, estime Jean-Vincent Brisset:

« L’économie chinoise traverse une passe difficile. Elle subit l’inflation, les prix de ses exportations augmentent fortement, et le coût du travail qualifié grimpe plus vite que la production. Or, si l’économie chinoise ralentit, cela va se répercuter sur toutes les économies. Il y a donc un aspect pragmatique dans ce soutien du FMI à l’économie chinoise. »

La Chine serait encouragée à développer le yuan à l’étranger

Par ailleurs, si cette nouvelle position du FMI se confirme, Pékin se verra confortée et encouragée dans ses ambitions de développer l’usage du yuan à l’étranger. Pour le moment, la devise chinoise est la 5e monnaie la plus utilisée dans les paiements internationaux.

En outre, le gouvernement chinois souhaite notamment que le renminbi soit intégré parmi les monnaies de réserve du FMI même si sa convertibilité et ses marges de fluctuation restent encore extrêmement contrôlées, analyse le Wall Street Journal.

Graphique: La valeur du Yuan par rapport au dollar sur les 20 dernières années (source: WSJ)

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Cet article provient du média latribune.fr

À propos de Pierre Drapeau

Pierre Drapeau est le Président de la Fondation Chefs d'entreprises.