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Le Japon a-t-il intérêt à suivre les recommandations de Fitch ?

L’agence de notation Fitch a dégradé la note du Japon d’un cran. Elle juge le programme du gouvernement japonais insuffisant pour assainir les finances publiques d’un pays surendetté, et regrette qu’une nouvelle taxe sur la consommation a été repoussée à 2017.

Fitch a mis sa menace, proférée en décembre dernier, à exécution. Lundi 27 avril, l’agence de notation, a baissé la note du Japon d’un cran, de A+ à A, quelques mois après une action similaire de Moody’s, ce qui correspond au 6e échelon sur 22. Elle a ainsi jugé que les dépenses publiques du pays n’allait pas être assainies ni maîtrisées en 2015, estimant le programme gouvernemental insuffisant pour y parvenir.

Fitch a notamment déploré la décision prise par le gouvernement de repousser à avril 2017 une seconde hausse de taxe sur la consommation, initialement prévue pour octobre 2015. Cette mesure est en partie destinée à enrayer l’accroissement de la dette souveraine nippone.

La première hausse de la TVA n’a pas eu l’effet escompté

Pour Catherine Mathieu, économiste à l’OFCE, ce que préconise Fitch n’est pas la bonne solution:

« Lorsque le gouvernement japonais a mis en place une première hausse de TVA pour aider à réduire le déficit et la dette publique, cela n’a pas eu l’effet escompté. Un effet de chute de la consommation est survenu immédiatement, entraînant la chute des impôts collectés. Le pays est même à nouveau rentré en récession en 2014.

Ce n’est pas une bonne idée de remettre une nouvelle taxe de ce type aujourd’hui. C’est même plutôt rassurant de voir que le gouvernement a repoussé sa mise en place en 2017. Pour pouvoir appliquer cette TVA, le pays doit complètement sortir de la récession. Si la croissance est repartie de 0,4% au 1er trimestre, il faudra voir si cela amorce une vraie reprise sur le long terme. »

Par ailleurs, l’économiste estime que le Japon attend en priorité de la croissance grâce à ses exportations. Après trois années de vaches maigres, le Japon a d’ailleurs retrouvé un excédent commercial, avec un solde de 1,76 milliard d’euros en mars.

La dette japonaise, pas une fin en soi

Fitch craint que la dette du Japon, qui pourrait atteindre pas moins de 244% du PIB d’ici fin 2015, ne poursuive son envol, et demande « une nouvelle stratégie fiscale au cours de l’été ». « Une stratégie crédible de moyen terme (…) s’avère urgente pour maintenir la confiance des marchés », renchérit l’agence de notation.

Catherine Mathieu rappelle pour sa part que « la dette est avant tout détenue par les Japonais, notamment la population âgée ». L’argent des retraites est mis dans « des placements jugés sûrs, dont la dette publique japonaise ». « Les épargnants japonais n’hésitent pas à placer leur épargne auprès de fonds peu rémunérés. Ils ont confiance dans le fait que l’État remboursera la dette », explique-t-elle.

« On cite régulièrement le Japon comme exemple pour démontrer qu’il est possible pour un pays d’avoir un déficit élevé, sans pour autant que les taux d’intérêt sur sa dette n’explosent », renchérit-elle, arguant que « les taux des obligations japonaises n’ont pas réagi à l’annonce de Fitch ». Et de rappeler qu’il n’y a « pas de risque que cela change ni à court terme ni à moyen terme. D’autant que la Banque centrale japonaise, très active, achète des titres de dette publique s’il le faut ».

 

Cet article provient du média latribune.fr

À propos de Pierre Drapeau

Pierre Drapeau est le Président de la Fondation Chefs d'entreprises.