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Obama : « Si nous n’écrivons pas les règles du libre-commerce en Asie, la Chine le fera »

Dans une interview au « Wall Street Journal », le président américain met en garde contre le risque de voir la Chine s’imposer en Asie si les Etats-Unis ne signent pas l’accord de partenariat trans-Pacifique (TPP) actuellement en cours de négociation.

Si les Etats-Unis ne parviennent pas à conclure et adopter un accord multilatéral de libre échange en Asie, alors la Chine n’hésitera pas à s’emparer du vide économique ainsi créé par les Américains. C’est l’essentiel du message formulé par le président américain dans une interview parue lundi 27 avril dans The Wall Street Journal.

A propos de l’accord de partenariat trans-Pacifique (Trans-Pacific Partnership Agreement, TPPA, ou simplement Trans-Pacific Partnership, TPP), en cours de négociation entre les Etats-Unis et 11 pays(*) de la zone, le président américain a affirmé:

« Si nous n’écrivons par les règles, ce sera la Chine qui le fera dans la région ».

« Beaucoup d’emplois américains » en danger

« Nous serons exclus – les entreprises, comme l’agriculture américaines. Cela impliquera la perte de beaucoup d’emplois américains », s’est notamment alarmé Barack Obama, avant toutefois de préciser: « Nous voulons que la Chine réussisse, qu’elle continue dans cette ascension pacifique. Je pense que c’est bon pour le monde. »

« Nous voulons juste être sûrs que le code de la route permettent, à nous et à tout le monde, de rivaliser. Nous ne voulons pas que la Chine utilise sa taille pour imposer à d’autres pays de la région des règles qui nous désavantagent », a souligné le président.

Une convergence d’anti-mondialistes de droite comme de gauche

L’interview a été l’occasion pour Obama de déplorer un certain anti-mondialisme croissant à Washington, chez les républicains mais également dans les rangs du parti démocrate, dont une partie s’oppose à la signature du TPP:

« Il y a une convergence anti-mondialiste tant de la part de membres de la gauche que de membres de la droite, ce que je considère comme une grande erreur », affirmé le président.

« Ce que nous ne pouvons pas faire, c’est de nous retirer », a-t-il insisté.

Un accord bilatéral avec le Japon?

Obama espérerait parvenir à la signature du TPP avant la fin de l’année. Il tente ainsi de faire passer au Congrès une loi lui conférant les pouvoirs nécessaires pour accélérer les négociations.

Le président américain, qui doit rencontrer cette semaine à Washington le Premier ministre japonais Shinzo Abe, a notamment affirmé être proche, malgré des négociations difficiles, de la conclusion d’un accord bilatéral avec le Japon, qui faciliterait la conclusion ensuite d’un accord à douze.

Des clauses fortes en matière d’emploi et d’environnement

Certains démocrates déplorent toutefois les délocalisations jusqu’à présent engendrées par les accords de libre-échange conclus par les Etats-Unis. Hillary Clinton, elle-même, a refusé de soutenir le traité, alors que les négociations ont commencé quand elle était encore secrétaire d’Etat, souligne le WSJ.

Tout en avouant comprendre les préoccupations des démocrates, Obama a souligné que les Etats-Unis n’ont pas le pouvoir de renverser le mouvement de mondialisation. Il a néanmoins affirmé être confiant quant au résultat final: la conclusion d’un traité incluant dans son texte même des clauses fortes de protection des travailleurs et de l’environnement.

Des accusations « irréalistes »

Barack Obama n’a également pas manqué de s’ouvrir sur les sentiments personnels que suscitent en lui certaines réactions de membres de son propre parti, en regrettant:

« Ce que je prends personnellement est cette idée quelque part que, après six ans et demi de travail afin de tirer cette économie d’un fossé – en renforçant la propriété immobilière des classes moyennes, en m’assurant que leurs systèmes d’épargne-retraite se sont redressés, en améliorant le système d’éducation et d’apprentissage, en luttant pour le salaire minimum et pour une industrie automobile prospère -, qu’après tout le travail que j’ai mené et que nous avons mené ensemble pour garantir que les familles de la classe moyenne bénéficient d’une plus grande stabilité, selon certains discours des opposants [au TPP, Ndlr] je serais juste en train de détruire la classe moyenne ou notre démocratie, ce qui est un petit peu irréaliste. Et ils le savent. »

(*) L’Australie, le Brunei, le Canada, le Chili, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour, le Vietnam.

 

Cet article provient du média latribune.fr

À propos de Pierre Drapeau

Pierre Drapeau est le Président de la Fondation Chefs d'entreprises.