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Référendum : le non grec fait trembler la zone euro

Après le rejet massif du plan de réformes des créanciers d’Athènes, un sommet des dix-neuf pays de l’euro va se réunir mardi.

Coup de poker pour s’opposer au «chantage» des créanciers de la Grèce ou victoire à la Pyrrhus, lourde de menaces pour l’avenir de l’Europe, le premier ministre grec a en tout cas remporté son pari dimanche.

Sur la base d’un quart des bulletins dépouillés, le non au référendum convoqué dimanche par Alexis Tsipras l’emportait avec 61 % des voix. Des manifestations de joie des partisans du non se déroulaient dimanche soir dans les rues de la capitale. «Nous avons écrit aujourd’hui une nouvelle page de l’histoire de la Grèce», a affirmé le premier ministre, Alexis Tsipras, ajoutant que «cette fois la dette sera sur la table des négociations». Le chef de l’opposition conservatrice et ex-premier ministre Antonis Samaras a démissionné de la direction de son parti.
Très rapidement, l’Élysée a annoncé qu’une rencontre aurait lieu ce lundi à Paris entre François Hollande et Angela Merkel. Les directeurs du Trésor des pays de la zone euro se réuniront également lundi, avant un sommet des chefs d’État et de gouvernement de la zone euro convoqué pour mardi. Jean-Claude Juncker, le président de la

Commission européenne, a sobrement «pris acte» du vote grec, qu’il «respecte». Il consultera ce lundi le président du Conseil européen, Donald Tusk, celui de la BCE, Mario Draghi, et le patron de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem.

À Athènes, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Sakellaridis, a indiqué que «les initiatives pour arriver à un accord» entre Athènes et ses créanciers UE et FMI «allaient s’intensifier» et pourraient «déboucher très rapidement». La Banque de Grèce allait envoyer dès dimanche soir une demande à la Banque centrale européenne (BCE) pour faire remonter le plafond de l’aide d’urgence aux banques, qui sont fermées depuis une semaine et risquent de manquer rapidement de fonds. Le flamboyant ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, qui avait qualifié de «terroristes» les bailleurs de fonds de la Grèce, a estimé que «le non d’aujourd’hui est un grand oui à une Europe démocratique». Il a fait savoir qu’il rencontrerait dans la soirée les principaux banquiers du pays.

Spectre du Grexit

Les Grecs ont voté après plusieurs jours de débats passionnés entre lenei («oui») et l’oxi («non») – celui-ci défendu avec «confiance» par le premier ministre, Alexis Tsipras. Selon lui, il s’agissait uniquement de dire non à de nouvelles mesures d’austérité, en rejetant la dernière proposition d’aide européenne. Mais ce vote «va déterminer la future trajectoire de l’intégration européenne», estime Pawel Tokarski, analyste de la Fondation Sciences et Politique (SWP) à Berlin. Un Grexit – le spectre d’une sortie de la Grèce de la zone euro – ferait l’effet d’«un signal désastreux» aux partenaires de l’UE, a prévenu le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier.

Le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a convoqué lundi matin les ministres chargés des Affaires économiques et financières pour analyser les résultats du référendum grec. En Italie, le chef de la diplomatie, Paolo Gentiloni, a estimé que «désormais il est juste de recommencer à chercher un accord. Mais du labyrinthe grec on ne sort pas avec une Europe faible et sans croissance».

«Le gouvernement grec doit expliquer comment il voit le moyen de progresser, en respectant les procédures européennes, a renchéri le premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel. Les négociations ne sont pas devenues plus faciles mais l’Europe est forte et j’ai bon espoir que nous allons trouver une solution.» Pour la Russie, qui semble s’en réjouir, la Grèce a fait «un pas vers la sortie de la zone euro», a estimé un vice-ministre russe de l’Économie, Alexeï Likhachev, tout en jugeant prématuré de dire si la Grèce «irait jusqu’au bout du chemin».

 

Cet article provient du média lefigaro.fr

À propos de Pierre Drapeau

Pierre Drapeau est le Président de la Fondation Chefs d'entreprises.