Accueil / Asie & Afrique / Théories du complot à la Bourse de Shanghaï en chute

Théories du complot à la Bourse de Shanghaï en chute

De malicieux traders tentent-ils de mettre la Chine à genoux ? Certainement aux yeux des internautes de la République populaire, qui, tour à tour, s’inquiètent et s’amusent de la dégringolade de la Bourse ces derniers jours, selon qu’ils y ont ou non placé leurs économies.

Jeudi 2 juillet, le marché de Shanghaï a perdu 3,48 %, et celui de Shenzhen, 5,5 %, après déjà une série de séances des plus instables. Lundi 29 juin, l’indice Composite de Shanghaï avait enregistré une fluctuation supérieure à 10 % en une seule journée, démarrant à + 2,5 % avant de chuter à – 7,5 % pour clore à – 3,3 %. Le lendemain, le même marché bondissait de 5 %, mais dès mercredi il reperdait 5 %.

Sur Internet, il ne fait plus de doute que les financiers sont en train de vendre la Chine, et les cœurs sont déjà mobilisés pour la bataille. Parmi les phrases-clés les plus populaires du moment sur Weibo, le Twitter local, « protéger le marché d’actions pour le pays » et « guerre pour défendre la Chine » sont en bonne place.
Certains se contentent de publier le seul drapeau rouge aux cinq étoiles jaunes, parfois agrémenté du premier mot de l’hymne national, « Qilai ! », c’est-à-dire « debout ! » dans l’espoir que les cours se relèvent eux aussi.

« Le soleil vient après la pluie »

D’autres vont plus loin, avec l’image d’un Chinois en guerrier sérieusement blessé portant, à la place de son fusil, une courbe se dirigeant vers le haut et sur laquelle est écrit : « Je peux perdre tout mon argent si mon pays y gagne en dignité. »

Evidemment, les interrogations étaient moins nombreuses lorsque le marché se portait à merveille. Le ralentissement de la croissance et la baisse notamment de l’immobilier ont convaincu les investisseurs de placer leur pécule ailleurs, en premier lieu en Bourse. Le marché avait gagné plus de 140 % sur l’année jusqu’à la mi-juin, lorsque a commencé le retournement.

Le gouvernement fait désormais de la stabilisation de la Bourse une priorité. Samedi 27 juin, au lendemain d’une dégringolade de 7,4 %, la Banque centrale avait annoncé une baisse de ses taux d’intérêt, qui n’était pas attendue aussi tôt. Puis, mardi, l’Association des gérants d’actifs de Chine a tenté de convaincre, assurant que « le soleil vient après la pluie » et que « la confiance vaut plus que l’or », demandant au passage aux financiers de soutenir le marché.

Parmi les suspects les plus évidents, comment ne pas s’en prendre à Goldman Sachs ? Sans détenir de preuves, les internautes n’hésitent pas à accuser la banque américaine, ainsi que Nanfang — un fonds installé à Hongkong —, de parier sur une baisse des Bourses de Shanghaï et Shenzhen, engrangeant ainsi des fortunes sur les pertes des petits porteurs.

Le régulateur intervient, mais ne ramène pas le calme

Au point que le régulateur a dû clarifier les choses, mercredi, sur son propre compte sur les réseaux sociaux : « Il n’y a pas de vente à découvert massive. » C’est peu dire que ce communiqué officiel n’a pas suffi à refroidir la ferveur patriotique ; le seul fait d’évoquer cette thèse ayant au contraire contribué à la diffuser.

« C’est le moment de choisir son camp. J’opte pour celui du pays et du marché stable. Sans quoi, nous serons tous affectés. Donc, à bas les traîtres ! », écrit l’internaute Caifu Miyao. D’autres n’oublient pas que le marché de Shanghaï, encore relativement fermé aux étrangers, est dominé par des échanges entre Chinois. « C’est plutôt une guerre civile », juge un employé de la planification urbaine, qui a placé en actions pour environ 100 000 yuans, presque 15 000 euros, un peu avant le tournant fatidique.

Le sentiment que le sort économique de chacun est désormais entre les mains d’un marché boursier des plus incertains renvoie la Chine à sa grande contradiction, son système politique tiré de Marx converti à l’économie de marché. « Keep calm and believe in communism », lit-on sur certains posts, reprenant la formule employée par le gouvernement britannique à la veille des bombardements de la seconde guerre mondiale, « Keep calm and carry on ».
L’ironie de l’affaire n’échappe pas au blogueur star Luo Changping, qui écrit à propos des supposés traders étrangers malicieux : « La puissance de feu de l’ennemi est forte, mais l’armée des rouges a le peuple. »

 

Cet article provient du média lemonde.fr

À propos de Pierre Drapeau

Pierre Drapeau est le Président de la Fondation Chefs d'entreprises.